L’offensive diplomatique de Téhéran précède les violences du 17 octobre 2026. Sa portée doit être appréciée à la lumière de deux réalités : la coopération stratégique entre l’Iran et la Russie et le recours documenté des services iraniens à des réseaux criminels pour conduire des opérations en Europe, notamment en France.
Les troubles français trouvent leurs causes premières dans les tensions économiques, sociales et politiques du pays. Mais l’origine intérieure d’une crise n’exclut pas l’intervention d’acteurs étrangers cherchant à en exploiter les effets, voire à en accentuer l’intensité.
Dès le 2 octobre, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, dénonce la répression des manifestations françaises. Les convocations réciproques des ambassadeurs, les 6 et 7 octobre, donnent à cette confrontation une dimension officielle. Après les violences du 17 octobre, Abbas Araghchi met directement en cause Emmanuel Macron.
La chronologie établit que l’offensive iranienne précède les pillages. Elle révèle une stratégie visant à retourner contre Paris ses critiques de la répression en Iran, à affaiblir sa crédibilité internationale et à relativiser, auprès de la population iranienne, la crise de légitimité de la République islamique.
Mais cette exploitation politique n’épuise pas la question des capacités d’action du régime sur le territoire français.
Les réseaux criminels : une capacité opérationnelle documentée
Depuis plusieurs années, les services iraniens recourent à des intermédiaires issus de la criminalité organisée pour conduire des opérations à l’étranger. Cette méthode permet de recruter localement des exécutants, de multiplier les intermédiaires et de rendre plus difficile l’attribution des opérations à leurs commanditaires.
En France, l’affaire « Marco Polo » a mis en évidence des projets d’attaques impliquant des individus liés au narcotrafic. Une synthèse de la DGSI, révélée en 2024, décrivait le recours croissant des services iraniens à des criminels de droit commun pour mener des opérations contre des opposants au régime et des cibles juives ou israéliennes.
Cette pratique a été explicitement dénoncée par la France et vingt-deux autres États dans une déclaration commune du 10 juin 2026, soulignant l’ancienneté des liens entre les services de sécurité iraniens et les groupes criminels internationaux ou locaux.
Plus récemment, l’enquête sur l’attentat déjoué contre une agence de Bank of America à Paris, en mars 2026, a révélé, selon les éléments du FBI rapportés par Le Monde le 8 octobre, un dispositif de recrutement d’exécutants rémunérés par l’intermédiaire de réseaux liés à des groupes pro-iraniens.
Ces précédents établissent une capacité opérationnelle : Téhéran et des groupes agissant pour ses intérêts disposent de méthodes permettant de mobiliser des relais criminels sur le territoire européen, parfois pour des sommes relativement modestes.
Ils ne démontrent pas que ces réseaux sont intervenus dans les troubles du 17 octobre. Mais ils interdisent de réduire l’analyse des ingérences iraniennes à la seule propagande.
La Russie : une convergence qui élargit les possibilités d’action
La Russie possède des raisons distinctes de chercher à affaiblir Paris. Le soutien militaire et diplomatique français à l’Ukraine fait de la France un acteur important de la confrontation entre Moscou et les puissances européennes.
Cette divergence d’intérêts avec Paris rejoint celle de Téhéran, engagé dans sa propre confrontation avec les puissances occidentales.
La coopération russo-iranienne ne se limite pas à une proximité diplomatique. Les deux régimes ont coordonné leurs interventions militaires en Syrie et approfondi leurs relations sécuritaires, notamment depuis la guerre d’Ukraine.
Il existe donc une base historique à l’hypothèse d’une complémentarité de leurs capacités d’influence et d’action clandestine.
La convergence des intérêts et l’expérience de coopération rendent une coordination envisageable ; elles ne permettent cependant pas de conclure à son existence dans les événements français d’octobre.
Des capacités établies, une intervention à déterminer
Les violences du 17 octobre, leur dispersion géographique et la sous-estimation initiale de la mobilisation interrogent les capacités françaises d’anticipation.
Les accusations de désinformation visant plusieurs puissances étrangères, les informations attribuées au Times concernant d’éventuels paiements à des participants et les mentions d’un rapport du SGDSN et de VIGINUM sur Téhéran élargissent le champ des investigations.
La question ne consiste pas à choisir entre une crise intérieure spontanée et une opération étrangère entièrement organisée. Une puissance extérieure peut exploiter des tensions existantes, amplifier leur portée informationnelle ou chercher à mobiliser des intermédiaires locaux sans contrôler l’ensemble du mouvement.
Dans le cas iranien, trois éléments doivent être rapprochés : un intérêt stratégique manifeste à affaiblir Paris, une capacité documentée de recours à des réseaux criminels et une coopération ancienne avec la Russie, elle-même engagée dans une confrontation avec la France autour de l’Ukraine.
Leur réunion donne une consistance à l’hypothèse d’une intervention clandestine. Elle n’en constitue pas la démonstration. Celle-ci dépendrait de l’identification de financements, de communications, d’intermédiaires ou d’instructions reliant des acteurs étrangers à des groupes impliqués dans les violences.
La conclusion stratégique est donc plus précise qu’une simple mise en garde contre la désinformation : la République islamique dispose d’intérêts et de capacités opérationnelles qui justifient d’examiner son éventuelle contribution à l’aggravation des troubles français.
L’enjeu n’est pas de lui attribuer les causes de la crise, mais de déterminer si elle a cherché à transformer une vulnérabilité intérieure de la France en instrument d’action clandestine.




