À la veille des élections israéliennes du 27 octobre, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, affirme que leur résultat ne fera « aucune différence » pour Téhéran. Cette déclaration contient une part de vérité : le consensus israélien contre la République islamique dépasse largement Benjamin Netanyahou. Son principal adversaire, Gadi Eisenkot, considère lui aussi l’Iran comme une menace stratégique majeure et n’exclut pas le recours à la force.

Mais l’identité du prochain premier ministre n’est pas pour autant indifférente à Téhéran.

Netanyahou est aujourd’hui le dirigeant israélien qui formule le plus explicitement l’objectif de renverser la République islamique. Il affirme avoir demandé au Mossad et à l’armée de contribuer à cette fin et présente la présence de Donald Trump à Washington comme une occasion historique de « finir le travail ». Trump a lui-même repris cette expression en appelant les Israéliens à réélire Netanyahou.

Il serait cependant imprudent d’en déduire l’existence d’une stratégie israélo-américaine cohérente de changement de régime.

Depuis février, Netanyahou paraît avoir été beaucoup plus favorable que Trump à la chute du pouvoir iranien. Mais Israël ne peut vraisemblablement atteindre un objectif d’une telle ampleur sans une participation militaire, logistique et politique massive des États-Unis. Or Trump a constamment hésité entre deux orientations : pousser suffisamment loin l’affaiblissement du régime pour éventuellement provoquer sa chute, ou utiliser la force pour contraindre Téhéran à accepter un accord.

Autre inconnue majeure : aucune stratégie politique de remplacement du régime n’a été rendue publique. Netanyahou n’a pas expliqué par quelle force iranienne, par quel mouvement intérieur ou selon quel mécanisme institutionnel la République islamique pourrait être remplacée.

Cette absence ne prouve toutefois pas qu’un tel projet n’existe pas. Un plan de déstabilisation ou de transition préparé par les services israéliens ou américains relèverait précisément du secret-défense. La conclusion raisonnable est donc plus limitée : nous savons que Netanyahou semble souhaiter davantage que Trump la chute du régime ; nous ne savons pas s’il dispose aujourd’hui d’une stratégie politique et opérationnelle capable d’y parvenir.

La question essentielle devient alors : qu’est-ce qui a changé depuis février pour permettre à Netanyahou d’affirmer aujourd’hui qu’il peut « finir le travail » ?

Militairement, la République islamique a été fortement affaiblie. Mais elle n’est pas tombée. Les bombardements, l’élimination de dirigeants et les pertes de capacités militaires n’ont pas provoqué l’effondrement politique attendu par certains responsables israéliens. Washington a au contraire recherché à plusieurs reprises une sortie négociée.

Ce qui a changé depuis février concerne donc surtout le rapport de forces et les moyens disponibles, beaucoup moins la clarté de l’objectif politique.

C’est pourquoi la formule de Netanyahou possède aussi une fonction électorale évidente.

Depuis des décennies, il a fait de la menace iranienne l’un des principaux ressorts de sa légitimité politique. Son argument actuel est simple : Israël aurait déjà accompli une grande partie du travail ; Trump ne restera président que deux années supplémentaires ; lui seul disposerait de l’expérience et de la relation personnelle nécessaires pour exploiter cette fenêtre.

Reste à savoir si cet argument peut réellement déterminer le vote israélien.

Les enquêtes disponibles suggèrent que l’Iran n’est pas la première préoccupation de l’ensemble de l’électorat. En revanche, il pèse davantage parmi les électeurs du camp gouvernemental. Cela signifie que la question iranienne peut surtout servir à remobiliser l’électorat naturel de Netanyahou, plutôt qu’à convaincre massivement ses adversaires.

C’est précisément pourquoi Téhéran ne peut être totalement indifférent au résultat.

Une défaite de Netanyahou ne supprimerait ni la doctrine militaire israélienne ni la possibilité de nouvelles frappes. Mais elle écarterait le dirigeant qui associe le plus fortement la confrontation avec l’Iran à un objectif explicite de changement de régime et qui cherche le plus activement à pousser Washington dans cette direction.

Aux États-Unis, l’intérêt iranien est plus clair encore. Un affaiblissement des républicains lors des élections de mi-mandat du 3 novembre ne ferait pas disparaître Trump, mais augmenterait les contraintes politiques et institutionnelles pesant sur une nouvelle escalade.

Ce que souhaite réellement Téhéran peut donc être formulé simplement.

Le régime iranien ne cherche pas nécessairement des dirigeants plus favorables. Il cherche une configuration dans laquelle ses adversaires disposent de moins de liberté pour reprendre et approfondir la guerre.

Baghaei a donc probablement raison sur un point : la politique israélienne envers l’Iran survivra très probablement à Netanyahou.

Mais pour la survie du régime iranien, il existe malgré tout une différence entre affronter Israël sans Netanyahou et affronter un Netanyahou réélu, soutenu par Trump et décidé, au moins dans ses déclarations, à « finir le travail ».