La révélation d’un contact entre le Mossad et Mahmoud Ahmadinejad ne vaut pas seulement par son caractère spectaculaire. Elle met au jour une vieille hypothèse de la politique occidentale et israélienne : la République islamique pourrait changer de conduite si le pouvoir passait à une personnalité issue du système, assez connue pour préserver l’État et assez dissidente pour rompre avec la ligne dominante. L’expérience rapportée autour d’Ahmadinejad montre surtout les limites de cette hypothèse.

Ce qui est établi et ce qui reste allégué

Selon les enquêtes citées par plusieurs médias, Ahmadinejad aurait été approché depuis 2024 et aurait rencontré à Budapest David Barnea, alors directeur du Mossad. Le projet israélien l’aurait envisagé comme une figure possible de l’après-régime. Ces éléments proviennent de sources journalistiques et de responsables s’exprimant souvent sans être nommés ; ils doivent rester attribués. Ils ont néanmoins été recoupés dans leurs grandes lignes par la presse israélienne et internationale.

Le choix d’Ahmadinejad répondait à une logique reconnaissable. Ancien président, enraciné dans l’histoire du régime mais devenu critique de son fonctionnement, il pouvait sembler capable de provoquer des fractures sans laisser un vide institutionnel total. C’est précisément cette position intermédiaire qui en faisait une option séduisante pour des planificateurs extérieurs — et une option profondément problématique pour une société appelée à choisir son propre avenir.

Changer les dirigeants ou changer la logique du pouvoir

L’épisode pose une question plus générale. Depuis des décennies, les puissances occidentales ont cherché des interlocuteurs qualifiés tour à tour de modérés, de pragmatiques ou de conservateurs réalistes. Les différences entre ces courants sont réelles et ont parfois modifié la diplomatie iranienne. Elles n’ont cependant pas supprimé les contraintes imposées par le Guide, les Gardiens de la révolution, le Conseil des gardiens et l’économie politique du régime.

Il serait excessif de déduire d’un plan avorté que toute évolution interne est impossible. Le reportage sur Ahmadinejad ne démontre ni que toutes les factions sont identiques ni qu’aucune négociation ne peut produire de résultat. Il renforce toutefois une distinction essentielle : un compromis entre élites peut modifier le personnel ou certaines politiques ; il ne constitue pas nécessairement une transition vers un ordre fondé sur la souveraineté populaire.

Le mémorandum annoncé par Washington le 19 juin illustre cette ambiguïté. La Maison-Blanche le présentait comme une avancée sur le nucléaire et la navigation dans le détroit d’Ormuz. Le fait qu’un accord de sécurité puisse être conclu ne signifie pas que les causes internes de l’autoritarisme disparaissent. Inversement, son échec ne prouve pas que la guerre puisse créer seule une alternative légitime.

La troisième voie n’est pas un nom

Entre une négociation qui préserve l’appareil de pouvoir et une guerre d’usure sans objectif politique, la recherche d’une troisième voie est légitime. Mais cette voie ne peut consister à sélectionner un successeur au sommet. Elle suppose des organisations capables d’agir en Iran, des règles pour une période de transition, la continuité des services publics, le contrôle des armes et la possibilité pour les citoyens de déterminer la forme du futur régime.

Une guerre peut affaiblir les institutions coercitives et ouvrir un moment de rupture. Elle ne produit ni un sujet politique collectif ni une légitimité constitutionnelle. Le problème de l’option Ahmadinejad n’était donc pas seulement le choix de l’homme. Il résidait dans l’idée qu’un changement de figure pouvait résoudre, par le sommet, une crise qui concerne la structure même de la République islamique et la capacité de la société iranienne à instituer un autre ordre.

La question stratégique demeure : comment empêcher la reproduction des crises sans substituer une décision étrangère au choix des Iraniens ? Toute politique qui élude cette question peut obtenir un cessez-le-feu, une défection ou un arrangement provisoire. Elle ne répond pas encore au problème de la transition.