Trois faits survenus à la mi-septembre ont nourri l’idée que la guerre contre la République islamique entrait dans une nouvelle phase : une réunion discrète de responsables militaires américains, israéliens et arabes en Allemagne ; un projet américain de vente massive de munitions à Israël ; et l’annonce par JD Vance d’une étape destinée à empêcher Téhéran de reconstituer les capacités détruites. Pris ensemble, ces éléments signalent une évolution de la stratégie. Ils ne démontrent cependant ni l’existence d’une coalition pour renverser le régime ni une décision américaine en ce sens.

Une coordination régionale désormais assumée

Le CENTCOM a confirmé avoir réuni en Allemagne des responsables militaires de huit pays. Selon Axios, les chefs d’état-major d’Israël, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Koweït, du Qatar, de la Jordanie et de l’Égypte ont participé aux échanges. La rencontre portait sur la guerre, la sécurité régionale et la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Sa portée est réelle : elle révèle que des États divisés sur Israël peuvent néanmoins coordonner leurs réponses aux menaces régionales. Mais une conférence militaire, même confidentielle, ne constitue pas à elle seule un pacte politique contre la République islamique.

La coopération peut progresser sans alliance formelle, par le partage du renseignement, la défense aérienne, la protection de la navigation et la répartition des tâches. Les attaques contre les bases américaines, la pression sur Ormuz et l’activité des Houthis ont rapproché des intérêts jusque-là difficiles à concilier. La politique régionale de Téhéran contribue ainsi à l’architecture de sécurité qu’elle voulait empêcher.

Réarmer Israël n’équivaut pas à définir l’issue politique

Reuters a établi que l’administration Trump préparait une vente de 2,8 milliards de dollars comprenant 20 000 bombes MK-84 et 20 000 BLU-117 de 2 000 livres. Au 15 septembre, le projet avait été communiqué de manière informelle aux commissions compétentes du Congrès ; il ne s’agissait donc pas encore d’une livraison accomplie. Le volume annoncé montre la volonté de préserver la capacité offensive israélienne. Il ne permet pas, à lui seul, de déduire l’objectif politique auquel cette capacité sera employée.

Vance a décrit deux séquences : la première aurait visé les programmes nucléaire et militaire ainsi que la projection régionale ; la suivante chercherait à empêcher leur reconstitution. Cette stratégie de déni peut conduire à des frappes répétées, à des opérations clandestines, à la pression économique et au renforcement d’alliances régionales. Elle peut aussi ouvrir un débat sur la structure politique qui produit ces capacités. Elle ne se confond pourtant pas automatiquement avec une politique de changement de régime.

Les déclarations officielles américaines du début de la guerre invitaient d’ailleurs à cette prudence. Washington définissait alors ses objectifs autour du nucléaire, des missiles, de la marine et des réseaux armés ; Vance présentait le destin du régime comme secondaire par rapport à ces priorités. Entre l’affaiblissement durable d’un adversaire et sa disparition, il existe un écart stratégique considérable.

Le problème de la régénération

La question soulevée par l’article persan demeure néanmoins entière. Si les infrastructures détruites sont continuellement reconstruites par le même appareil, une campagne limitée aux capacités risque de devenir cyclique. Plus la prévention de leur reconstitution exige de surveillance, de sanctions et de frappes, plus la frontière se brouille entre contenir les instruments de puissance et exercer une pression sur le système qui les produit.

C’est dans cet espace que le changement de régime devient un scénario débattu, particulièrement en Israël. Mais un scénario israélien, une réunion régionale et un projet de vente d’armes ne forment pas encore une stratégie occidentale commune. Au 1er octobre, les combats sporadiques, l’impasse diplomatique et les préparatifs de riposte de Téhéran indiquent surtout une confrontation prolongée dont l’objectif politique reste disputé.

La prochaine phase pourrait donc viser moins de nouveaux types de cibles qu’une nouvelle forme de pression : empêcher durablement la République islamique de reconstituer sa puissance, tout en recherchant un équilibre que personne n’a encore défini. La question décisive n’est pas seulement de savoir ce qui peut être détruit, mais quel ordre politique et régional cette stratégie est censée rendre possible.