La question que Trump esquive : que faire de la République islamique ?
Tant que Washington ne saura pas ce qu’il entend faire de ce régime, chaque victoire militaire pourra n’être que le prélude à la prochaine crise.
Le Pentagone a demandé au Commandement central des forces américaines, le Centcom, d’achever les préparatifs nécessaires à une éventuelle reprise des frappes de grande ampleur contre la République islamique. Selon Axios, Donald Trump n’a pas encore arrêté sa décision, mais des attaques contre les installations nucléaires, les infrastructures énergétiques et d’autres objectifs stratégiques sont à l’étude. D’autres publications, dont The Atlantic, évoquent également la préparation d’options militaires, éventuellement avant les élections américaines de mi-mandat.
La question essentielle ne concerne pourtant ni le calendrier ni même l’attaque elle-même. Quel résultat politique les États-Unis cherchent-ils à obtenir par une nouvelle offensive ?
Si leur objectif reste de contenir le programme nucléaire de la République islamique, celui-ci a déjà été fortement endommagé par les frappes des deux dernières années — et entièrement détruit, selon les déclarations du président américain. Le seul dossier nucléaire ne suffit donc plus à expliquer la poursuite d’une guerre de cette ampleur. D’autant que celle-ci pourrait avoir renforcé, au sein du régime, un raisonnement inverse : si la République islamique avait possédé l’arme atomique, les États-Unis et Israël n’auraient pas pu bombarder avec une telle liberté ses installations nucléaires, militaires et logistiques, ni frapper le sommet du pouvoir.
La guerre censée empêcher le régime d’accéder à l’arme nucléaire risque ainsi de prolonger la crise qu’elle devait résoudre. Elle pourrait même fournir aux fractions les plus radicales du pouvoir une raison supplémentaire de rechercher la bombe, sans nécessairement l’annoncer.
Que veulent donc faire les États-Unis et, dans leur sillage, Israël ? Si leur réponse consiste à bombarder de nouveau la République islamique chaque fois qu’elle reconstitue ses capacités nucléaires ou balistiques, parler de résolution de la crise devient illusoire. Ce serait s’enfermer dans une logique dangereuse qu’un régime comme celui-ci, qui produit les crises autant qu’il en vit, recherche précisément.
La véritable question ne porte donc plus seulement sur les centrifugeuses ou les stocks d’uranium enrichi. Elle est de savoir ce que les États-Unis et les autres puissances occidentales entendent faire de la République islamique elle-même.
Sans disposer de l’arme atomique, ce régime a pu, pendant près d’un demi-siècle, constituer un réseau de forces armées régionales, transformer le golfe Persique et la mer Rouge en espaces de confrontation et faire du détroit d’Ormuz un instrument de pression. Même après avoir subi des coups sévères, il reste capable d’imposer des coûts considérables aux États-Unis, à l’Europe et à l’économie mondiale.
L’administration Trump semble vouloir affaiblir le régime suffisamment pour qu’il cède, mais pas au point de provoquer son effondrement. Une frontière aussi précise n’existe peut-être tout simplement pas. Cette ambiguïté paraît tenir à la crainte, partagée par d’autres gouvernements occidentaux, des conséquences imprévisibles et incontrôlables de sa chute. Mais cette crainte ne peut tenir lieu de stratégie ni masquer son absence.
Si Washington estime qu’un régime affaibli, puis lié par un accord, pourrait devenir moins dangereux, il doit expliquer pourquoi et avec quelles garanties. S’il considère au contraire que la structure même de la République islamique constitue une source permanente de crises, il ne peut simultanément faire de sa survie le présupposé de sa politique.
C’est ce qui donne leur importance aux préparatifs du Centcom. La question n’est pas seulement de savoir quand commencera une nouvelle attaque, mais ce qu’elle doit faire à la République islamique et jusqu’où elle doit la conduire. Sans réponse politique claire, chaque offensive ou succès militaire pourra n’être que le prélude à de nouvelles crises.
Pour autant, il n’appartient ni à Trump, ni à Israël, ni à aucune puissance étrangère de décider du sort de la République islamique. Cette tâche revient au peuple iranien. La question est de savoir comment les Iraniens peuvent, cette fois, mettre fin à ce régime au moindre coût et saisir l’occasion présente pour construire un autre ordre politique.
